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VaudRoutes - Tunnel routier
Nicolas Leuba - président de l’UPSA-Vaud | 05.06.2025

Briser le mythe de la fluidité… avec un bon coup de klaxon

Ah, la fluidité du trafic. Ce mirage moderne qu’on nous sert à chaque promesse électorale, chaque lancement de chantier, chaque conférence de presse d’un office fédéral en quête de sérénité.

On imagine des autoroutes lisses, des trains ponctuels, des pistes cyclables où les usagers se saluent avec le sourire, chacun trouvant naturellement sa place dans une chorégraphie parfaitement huilée.

La réalité, elle, est un peu moins romantique. Elle a les traits d’un panneau orange, d’une déviation mal signalée, d’un tunnel fermé pour travaux… et d’un embouteillage monstre un mardi matin à Crissier.

Et si on arrêtait, pour une fois, de rêver ? Si on reconnaissait que la fluidité absolue n’est pas un objectif atteignable mais une illusion persistante, savamment entretenue par une vision simpliste de la mobilité ?

Le vrai visage de l’intermodalité

On nous parle d’intermodalité comme de la baguette magique des temps modernes : un trajet domicile-travail qui combinerait vélo, train, trottinette électrique et covoiturage – tout ça dans une douce harmonie, évidemment. L’idée est séduisante, mais encore faut-il des infrastructures dignes de ce nom : des parkings-relais connectés, des stations de recharge intelligentes, des voies sûres pour les cyclistes, des horaires adaptés. Et surtout, un minimum de cohérence dans l’aménagement du territoire.

Car aujourd’hui, nos villes regorgent d’obstacles : terrasses surgies de nulle part, zones de rencontre mal pensées, limitations de vitesse en cascade… et une coordination des travaux digne d’un cadavre exquis. Résultat ? Le trafic se fige, les nerfs s’échauffent, et le citoyen fait ce qu’il peut avec ce qu’on lui laisse.

Des solutions ? Oui, mais…

Alors bien sûr, il y a des pistes : mieux coordonner les chantiers, créer des corridors réservés aux véhicules partagés, encourager les livraisons nocturnes avec des véhicules silencieux, voire… effectuer des livraisons avec des drones roulants autonome comme cela se fait déjà à New-York.

Mais au fond, la clé n’est-elle pas ailleurs ? Dans l’acceptation qu’une mobilité vraiment fluide n’existe pas ? Que le défi consiste plutôt à organiser intelligemment l’imperfection, à orchestrer le chaos plutôt qu’à le nier ?

Et à remettre l’humain, ses besoins, ses contraintes et ses paradoxes, au cœur du système. Et surtout à se doter d’infrastructures compatibles avec la réalité du terrain et la sécurité des usagers.

Le garagiste du futur : un chef d’orchestre de la mobilité

Demain, le garagiste ne sera plus seulement un réparateur de moteurs. Il sera conseiller en solutions de mobilité, gestionnaire de flottes, animateur de micro-hubs logistiques. Il guidera ses clients à travers les méandres d’une mobilité devenue multiple, morcelée mais connectée.

Ce n’est pas un rêve, c’est une nécessité. Car si la fluidité absolue n’est pas de ce monde, une mobilité maîtrisée, partagée, adaptée, elle, est encore à notre portée.

À condition de lever le pied sur les illusions. Et d’accélérer franchement sur les bonnes idées.